UNE FAMINE EN OR

Les banques et les sources de profits
Tout le secret repose dans l’organisation. Les réseaux s’entendent pour comprimer au mieux les petits comptes courants, à grands coups de services fallacieux et de frais opaques. Pis, ils empêchent la concurrence de s’implanter en France et de participer à la curée. Comme on dit en Allemagne au sujet des banques françaises : « Ach, ach, ach ! Elles ont le Rhin solide, les tites boukress ! » Par chance, nous ne sommes plus seuls sur terre. Les associations de défense des consommateurs ont pris position un peu partout en France. De bons débuts dans les procédures, mais pas de révolution en vue. Enfin, pas encore.
Concurrence royale et déloyale
« Se faire de l’argent sur le dos des pauvres ». Ce n’est pas nouveau. Non. Mais lorsqu’une personnalité politique scande l’infamie, les oreilles se tendent alors sans effort. Ségolène Royal, leader contestée du PS, malheureuse au jeu mais peut-être pas en humour, a pris les banques en grippe, en faisant régulièrement mention lors de sa campagne pour les présidentielles, des petites magouilles, les profits des uns générant l’appauvrissement des autres. En condamnant ces arnaques, au gré des bourdes diverses et variées, la Dame s’est attiré les foudres des lobbyistes et autres portes-feuilles bien garnis. Les seules à se frotter les mains furent bien entendu les associations protectrices des humains, ragaillardies par ces élans de pure bonté. Ce qui m’attriste, ce n’est pas de voir les politiques jouer avec la pauvreté des gens pour s’arroger de nouvelles voix, non. Le coup de couteau rouillé provient davantage de la Fédération bancaire française, qui justifie l’endettement par ces mots : « L’endettement, c’est ce qui permet aux entreprises de se développer et aux ménages français d’acquérir un logement ou une voiture. Lutter contre l’endettement serait donc contre-productif pour l’économie et pénalisant pour les ménages, notamment les plus modestes». Bien, 865,000 dossiers de surendettement – la suite logique de la phase endettement pour certains – ont été déposés à la Banque de France depuis janvier 2002. Alors, oui, endettons-nous, ça permettra peut-être au premier pays d’Europe dans sa catégorie, de lâcher davantage de magnifiques parachutes dorés, cousus par de gentils banquiers, avec le fil de nos caleçons. Bon, rassurez-vous, les choses vont changer. Les moins méritants n’emporteront qu’une vulgaire toile d’argent. Quant aux plus mauvais des dirigeants, un sac de jute en bronze suffira. Liberté, égalité et fraternité. Si, si ! C’est écrit. Là.
Un scandale et un mars !
La France, ses fromages, sa tour Eiffel, son Moulin Rouge, et ses jolis consortiums. Au hasard d’une porte cochère ou d’une visite dans les égouts de Paris, vous surprendrez quelques négociations entre sociétés gauloises. Leur but : empêcher quiconque d’outre franchir les bornes de l’Hexagone, et de s’implanter dans nos quartiers luxuriants, avec des idées neuves, et surtout, des tarifs enfin compétitifs. Nous avons eu le cas en 2005 avec le triptyque surpuissant des communications Bouygues Télécom, SFR et Orange. L’oligopole se serait accordé sur les coûts à appliquer aux consommateurs, empêchant par ce biais toute intrusion de réseau étranger dans le marché français. La magouille anti-concurrentielle n’a pas fait long feu. Démasqués, les petits coquins ont été délestés d’une amende s’élevant à 534 millions d’euros. Oui, vous avez raison. Cette somme ne représente finalement qu’un grain de sable dans le désert du Sahara en comparaison de leurs odieux bénéfices. Et pour un vol de petite cuiller dans un supermarché, combien risquez-vous d’années de prison ? Bien plus, bien plus ! Les seuls bénéfices que vous en tireriez seraient alors ceux du doute, uniquement. Un homme qui en tue un autre est un meurtrier, mais un homme qui a fait tuer des milliers d’innocents est un dictateur qui finira ses jours à l’abri dans une résidence pour milliardaires.
Les banques françaises appliquent elles aussi ce principe simple et efficace d’ententes tacites. Enfin, « appliquaient » serait peut-être plus juste. En effet, le manège s’est révélé si grossier, qu’elles ont finalement attiré sur elles l’attention d’organismes compétents. Dénoncées par la Commission européenne de Bruxelles, les banques françaises sont aujourd’hui accusées de pratiquer des tarifs implicites, affectés en majeure partie à des frais liés à la carte bleue. Les profits juteux qu’elles réalisent au nez et à la barbe de leurs clients pourraient tourner courts si la concurrence ne parvenait à s’implanter suffisamment vite dans nos contrées verdoyantes. Selon la commissaire européenne à la concurrence, Neelie Kroes, “Certaines grandes banques font 25% de leurs bénéfices grâce aux cartes. Ces profits dans le secteur sont scandaleux, et ce sont les consommateurs et les PME qui règlent la facture”. Scandaleux ! Le mot est lâché. Qualificatif traînant sur son dos une brouette de dégoût, de grosses pelletées d’injustice, plus une puissante dose d’impuissance. Et d’inertie. Les bras m’en tombent. Pouf, pouf ! Néanmoins, si l’on en croit notre protectrice, le joug pourrait prendre fin dans un avenir relativement proche. “Soyons clair : la législation européenne sur la concurrence offre une série d’instruments puissants pour amener plus de concurrence. Pour le secteur, c’est la fin du paradis. J’en ai assez que les acteurs du marché n’agissent pas comme il faut. Le consommateur paie beaucoup trop et il faut que cela s’arrête”. Un grand merci donc pour ces paroles pleines de bon sang ! Et si vous aimez ça, n’hésitez pas à tendre l’autre joug. Les associations, généralement porteuses de mauvaises nouvelles affichent de nouveaux bilans. Accrochez vos ceintures, vos pantalons tombent…
Associations de bienfaiteurs
En avril 2006, l’association Consommation Logement Cadre de Vie (CLCV) prend son courage à deux mains et dénonce l’augmentation des tarifs prohibitifs appliqués par les banques si soucieuses de notre confort et de leur bien-être. Oui, oui, on se croirait dans les dédales d’un Conforama, prônant la magnificence de ses produits si avantageux pour tout être humain digne de posséder une carte bleue.
Contrairement aux promesses faites en 2004, les établissements auraient en moyenne accru de 3 à 4% leurs frais généraux. Toujours selon l’enquête menée par la CLCV, 50% des agences n’afficheraient pas leurs tarifs. Et quand prix il y a, ils annoncent fièrement une clôture garantie zéro euro, zéro bobo. Là encore, vous devez vous préparer mentalement et pécuniairement à une énième déclaration mensongère. En effet, les opérations visant la fermeture du compte s’élèvent généralement à 30 euros dans la majeure partie des succursales du mal. Bravo, Christine ! Bravo ! Quelle pub !
Opératoire et remontée à bloc, l’association poursuit son enquête et dénonce les sommes hallucinantes retenues par les banques lors de phase de rejet de chèque. Les montants peuvent en effet atteindre 99 €, lors que celui-ci dépasse une certaine somme. « Désolé monsieur Blandoeuf, vous n’aviez pas la provision suffisante sur votre compte. Nous ne pouvions malheureusement pas laisser passer ce chèque de 52 €. Toutefois, nous ferons un effort pour vous délester des 99€ de frais de rejet. Inutile de nous remercier. Nous nous faisons un point d’honneur à vous rendre service. Avec tout l’argent que nous nous faisons sur votre dos, oui, disons-le, nous sommes… princiers ! » Que demander de plus ?
Allez, une dernière pour la route. Mai 2007. Nouvel éclat de l’UFC. Cette fois-ci, l’association accuse les établissements financiers d’avoir détourné 11,5 milliards d’euros, volés à la barbe de clients accédant bon an mal an à la propriété. Les acquéreurs ayant opté pour le crédit immobilier n’ont jamais récupéré le moindre bénéfice lié aux souscriptions obligatoires d’assurances. L’argent engrangé par les assureurs retombait dans les mains des banquiers, qui devaient gérer la redistribution au niveau de leurs clients. Ce qu’ils omettaient, bien évidemment. Les petits étourdis, comme la Caisse d’Epargne, mise au banc des accusés, s’en mettaient plein les fouilles depuis des années, à l’abri des regards indiscrets. Oui, c’est bien cela, les ententes cordiales, les consortiums, le lobbying… Une poignée de malfrats en costume trois pièces décidant de la manière de vider nos poches, en harmonie. Et gérant parfois un compte très spécial dans un autre pays. En Arménie. Ou ailleurs. En dehors de nos frontières, cette fois-ci.
Les associations, telles que CLCV, UFC-Que Choisir, l’AFUB (Association Française des Usagers des Banques), ou 60 Millions de Consommateurs possèdent-elles un semblant de pouvoir face au lobbying des banques ? Comment s’organise la défense ? Quel complot se trame dans ton dos, Rémy ? Pour qui sonne le gras ? Lecteurs, desserrez un peu les mâchoires, car les banques ont sous le pied matière à rigoler. Afin d’enfoncer plus profondément le clou du spectacle, attaquons le chapitre épique concernant les chèques surtaxés. Un grand moment de bonheur à partager en famine…
Chèque quoi ça ?
Cet accroissement irrévérent des tarifs imposé par nos amies semble curieusement contagieux. Cette année, le CIC (ou CIO – Crédit Industriel de l’Ouest -, suivant la région de votre mal-être), établissement jusqu’au-boutiste, subordonné au groupe Crédit mutuel, propose depuis 2006 la facturation à l’usage du chéquier, remplissant ses caisses au-delà d’un quota établi. L’explication retenue : « Les chèques demandent des manipulations importantes et mobilisent trop de personnel. Nous ne sommes pas les pionniers en la matière. Comprenez. Nous nous alignons sur d’autres pays de l’Union Européenne. ». Décryptage : si les voisins volent leurs clients, et si cela fonctionne, pourquoi donc se priver ? Aussi, depuis ce larcin politico-stratégico-économique millésimé 2006, nous sommes redevables de 50 centimes d’euro par chèque au-delà de 15 par trimestre.
D’un point de vu personnel, mon très cher directeur d’agence, Mathias Saleclou (le nom a été volontairement maquillé, mais ses clients reconnaîtront à coup sûr la patte du « mètre »), m’a formellement interdit l’usage de la carte bleue, en 2006, pour cause de compte bancaire assoiffé mais restant désespérément à sec, malgré tout le rouge dont il est nanti. Le but louable étant de maîtriser mes dépenses, mais certainement pas celles de ma banque, qui touche sa petite rémunération personnelle à chaque dépense réglée. Votre humble scribe s’est retrouve contraint d’utiliser le carnet de chèques dans la mesure où son train de vie l’impose. Dans des villes telles que Paris, Marseille, Lyon, Ploudaniel, on s’amuse beaucoup avec des centimes d’euros plein les poches ! Ainsi, dans sa gracieuse grâce, le gracile gredin dispose de vie ou de mort bancaire. Et l’homme a régulièrement le pouce tourné vers ses petites chaussures de ville. Des marcassins, je crois.
Château d’os
A l’instar de ses pairs, Mathias Saleclou a reçu après sa consécration estudiantine l’adoubement de son seigneur et maître, grâce aux petites annonces diffusées dans le Paru Vendu local (banque recherche tyran pour gouverner agence) ou par concours… de circonstance. Une fois sacré par les garants de l’ordre bancal, le néo directeur se trouve en possession de pouvoirs bien trop importants pour une haine sur patte douée de paroles. D’un naturel curieux, le saigneur teste sa suprématie sur ses vassaux sans gain. « Toi Mini Jupe, faire café à Grand Directeur. » Fort du résultat, le directeur décide alors de passer ses nerfs sur ses serfs… « Toi, client toujours débiteur. Moi, grand directeur, supprimer carte bleue, chéquier, autorisation de découvert. Toi bientôt interdit bancaire. Toi hypothéquer maison. Moi bien rigoler. Moi directeur. Moi Grand Directeur ! » Inutile de vous plaindre auprès d’instances dites supérieures. J’ai testé pour vous le service litiges. Une farce de plus dans le jardin des arnaques. Pour information, elles dégainent toutes la même rengaine : « Le Directeur possède les plein pouvoirs dans son agence. Allez-vous faire cuire un vieux ! » Euh… Amen ? Ben oui, pourquoi pas, au point où nous en sommes ! Le directeur d’agence est notre maître après Dieu. Il est omniprésent et omniscient auprès des âmes dont il a la charge… Alors oui… Amen !
Persistant dans ma bêtise à manger, à boire et à alimenter ma voiture, et ce malgré les injonctions du CIO, je me suis retrouvé une fois de plus dépourvu de chéquier. Malgré l’absence d’interdiction bancaire, Mathias a décrété qu’il me faudrait retrouver un travail pour jouir à nouveau de ce droit suprême. Une fois le job déniché, Mathias pensa qu’un salaire justifierait le retour du chéquier magique. Une fois la première paie tombée sur le compte, le directeur de l’agence considéra que ma période d’essai ne serait point de trop pour recouvrer l’objet de ma convoitise. Les trois mois avalés, Mathias inspecta le compte, en s’excusant de ne plus être au fait des mouvements, les vacances ayant été longues et savoureuses. « Ah oui, là, il y a eu un incident sur le compte, désolé, il vous faudra rappeler le mois prochain. » Décidemment, ce demi-dieu nous met à l’épreuve, car il faut le mériter, ce sauf conduit pour convoler au Paradis de la société de consommation. Surtout avec un directeur toujours prêt à rendre sévices. N’est-ce pas Mathias ?
Le bug de l’an débile
Pourtant, en 2005, mi chef mi roquet, Mathias Saleclou a pris soin de m’informer des méfaits concernant l’utilisation du chéquier, dont il a, dans sa grande sagesse, privé. Le directeur m’ayant posté un courrier mi-publicitaire mi-éducatif, suggérant l’abandon de ce mode opératoire au profit de la MasterCard et de ses dérivés. En substance : « Pour vos dépenses, le chéquier, c’est très mal, et si vous l’utilisez, ne venez pas vous plaindre qu’on vous bouffe votre artiche ». Courrier signé de sa main, ce même organe préhensible incompréhensible qui, un mois plus tôt, me refusait l’accès au temple de la puce électronique, afin de mieux maîtriser mes dépenses, ne me laissant d’autre choix que : récupérer des liasses de billets à l’agence la plus proche ou abuser dudit chéquier. Bien que cette anecdote puisse paraître aberrante au plus haut point, j’étais encore loin d’imaginer jusqu’où ce banquier pouvait aller dans la crétinerie. Finalement, très très loin… Un vrai champion du monde. Il aurait clairement sa place dans un dîner de cons. « Chérie, prévois un cassoulet William Purin, nous avons de la visite. »
Les erreurs informatiques existent, comme l’édition automatique de lettres types. Cependant, ces gaffes ne peuvent être excusées, dans la mesure où elles requièrent lecture et signature du responsable. De lourdes bourdes donc, de la part d’un homme au-dessus de tout soupçon. A la morale exemplaire. Au conseil sûr. A la ligne de conduite irréprochable. Sain de corps et saint d’esprit. Mais imaginons un instant l’idée suivante : notre directeur n’est au final qu’un simple usurpateur de plus dans une société saturée d’hommes de son espèce. Un énième cadre décroché de son mur, ne faisant pas son boulot comme l’exige sa conscience professionnelle. Serions-nous, clients sans ressource, sans ressource ? Serions-nous à la merci d’un affranchi aux pouvoirs démesurés ? Peut-être bien en effet. Mais tout ceci n’est que fiction. Un directeur d’agence aussi dangereux ne peut exister. A moins que ? A bien y réfléchir, cet homme, j’ai l’impression de l’avoir rencontré quelque part. Mais où ? Hum. A Brest. Oui, c’est bien cela. A Brest, dans une petite agence du CIO. La mémoire recouvrée, poursuivons la visite.
LA SUITE… A SUIVRE !

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