LE JUSTE CRI

Les banques et leurs clients quand ils sont en situation difficile
Dans ce chapitre, nous vous expliquons pourquoi vous mordrez la poussière, la main de votre attaché clientèle solidement plaquée contre votre crâne, un flingue sur la tempe, et un couteau sous la gorge. Nous faisons également un point sur le perfectionnement notable de nos bourreaux dans leurs talents innés pour la fraude. Enfin, nous nous arrêtons deux minutes sur l’image que nos amis véhiculent au travers des médias, propagande mensongère à échelle nationale. Financée en majeure partie avec nos sous. En résumé : « Dis maman, pourquoi il est méchant, le monsieur ? » « C’est son travail, ma chérie. Tu comprendras plus tard. Quand tu seras grande ! »
Des abîmes
Tôt ou tard, on finit par toucher le fond du bocal. Certains rebondissent seuls ou avec prestance, d’autres préfèrent rester en bas, à contempler les rejets de Bubulle, le poisson rouge asthmatique. Bref, ce jour, vous n’avez plus un euro en poche, et pour parfaire le tableau, votre banquier, sermonneur professionnel, s’oublie au gré des leçons de morale. Vous le savez, l’humanoïde en face de vous exècre l’étudiant blotti dans sa carrée, toujours sans le rond, le père de famille occupé à plein temps à rechercher du boulot, ou encore cette grand-mère ruinée par des enfants jadis si complaisants. Lui ne voit pas les choses de cette façon. « Ne croyez pas nous enrichir ! » s’est un jour défendu mon banquier à l’étique irréprochable et l’estoque impeccable. « Nous préférons le client bien dans son portefeuille à celui dont le compte reste infiniment débiteur » A 60 euros TTC le courrier pour nous signaler le gouffre dans lequel baignait hier encore une maigre et lâche lueur d’espoir, cela ne fait aucun doute. Si l’on en croit les vilaines rumeurs circulant sur Internet et dans les dédalles de mon assureur auto, les sommes perçues sur les comptes débiteurs, comme les agios et autres petits frais mesquins, retourneraient dans les poches du personnel. Bien entendu, cela ne fait pas vivre la banque, mais contribuerait à encourager et démultiplier ce type de frais. Imaginez un instant ce gentil petit papounet banquier rentrant chez lui après une journée harassante à envoyer des courriers furibonds à ses clients, offrant à son crapaud en sucre une nouvelle tuture à dix bâtons l’enjoliveur. Une voiture gracieusement offerte avec l’argent des blonds, bruns, châtains et autres rouquins pèlerins passablement dans le pétrin. Ces mêmes clients qui ont revendu leurs caisses quelques jours plus tôt pour s’en sortir. Après cela, oui, on préfère largement les nantis. Dit-on.
Vous aussi, ruinez-vous et investissez dans le compte de votre conseiller. S’il vous fait la leçon, au fond, il ne pense pas ce qu’il dit. Il vous aime. Comme le lion aime l’antilope. Bien fondante sous la langue. Slurps ! Pour les enfants bien trop jeunes et à l’imagination débordantes, affectés par la cruauté de ce passage, je leur présente mes plus plates excuses. Toutefois, vous ne devriez pas être couchés à cette heure-ci ? On s’étonne après que le monde parte en… Enfin, que tout aille pour le pire dans le meilleur des mondes !
Le Complexe des dips
N’avez-vous jamais remarqué cette autre déformation qu’ont nos conseillers à se prendre pour des psychologues, parents moralisateurs, amis de longue date, démiurges, concierges, tueurs à gages, ou tous ces postes-clés à la fois.
Pour clarifier cet abordage peu ou prou orthodoxe, ôtons d’emblée une idée préconçue. Ces hommes et femmes, cravates et tailleurs bien ficelés, ne sont pas forcément issus des légendaires facs de droit ou IUT de gauche. Non, non ! Une partie d’entre eux ou d’entre elles a bel et bien échoué dans ces bureaux étroits avec en poche un bac littéraire, un DEUG d’histoire ou tout simplement… un piston des Antilles ou un fiston des familles. Aussi, avec un peu d’imagination, vous devinerez lors de votre prochain entretien le cursus de la personne vous faisant face. Par exemple, s’il vous suggère de vous en remettre à Dieu plutôt qu’à son assurance vie, il s’agira d’un prêtre reconverti. Si elle ne porte aucun sous-vêtement, et vous propose une cure d’amphétamines pour booster votre compte ramollo ? Une infirmière, sans aucun doute. Un autre vous proposera d’assassiner des grands-mères pour leur voler leur sac à main. Vous pensez à un psychopathe ? Eh bien non. Cette fois-ci, vous êtes tombé sur un banquier tout à fait normal. Dans la norme.
L’une de mes amies, âgée de vingt-sept printemps, se plaignait sans cesse d’être maternée par sa conseillère du Crédit Mutuel. Pis, la professionnelle n’hésitait pas à contacter ses vieux parents, dénonçant au passage les teintes rougeaudes de son découvert. Ce qui, entre nous, arrivait très souvent. Je lui suggérais d’enlever sa culotte la prochaine fois, de s’installer confortablement sur les genoux de sa tutrice, et d’attendre que la sentence digitale l’aie remise à sa place. Non mais !
Et les exemples pleuvent comme des boulets de canon. Quant à la méthode, c’est chacun son style, bien évidemment. Chez les plus méchants, les abominables scènes d’onction sont remplacées par des scènes d’action abdominales. Tel conseiller repeindra les murs de votre salon avec votre cervelle, telle conseillère vous glacera les sangs en menaçant d’écraser votre petit chien avec sa grosse Twingo mauve. En aucun cas, n’espérez le moindre traitement de faveur de leur part.
Ne fumez pas, ne buvez pas, ne sortez pas, résidez jusqu’à la retraite chez vos proprios préférés, vos parents. Que cela ne vous empêche pas de vous méfier d’eux.
Révolue l’époque des gentils cochons en porcelaine. Aujourd’hui, pour vivre heureux, vivez casher ! Ne rangez pas vos biftons dans une tirelire, surtout si la tirelire en question a pignon et pognon sur rue. Au risque d’y laisser votre artiche, et de le voir déboulonné au gré des agios et autres raquettes à la noah. Du genre…
La suite très prochainement….

Un bon point pour les conseillers : vendre un investissement à risque juste avant un effondrement de la Bourse… Comme cette consigne qui a circulé à la Société Géniale il y a quatre mois, d’appeler des clients cible pour leur proposer un nouveau produit d’épargne. “Je vous le mets en Dynamique ? c’est ce qui rapporte le plus, vous savez”. Comprendre : à la banque, bien sûr.