A LA RECHERCHE DE LA NOUVELLE TARE

La Nouvelle Tare

Les banques et les créateurs d’entreprise utopistes

        Quand les créateurs d’entreprise découvrent une banque à qui parler, avec un projet fiable mais financièrement faible, cette dernière se trouve miraculeusement sourde d’une oreille et n’entend pas très bien de l’autre. Parce qu’au fond, il se peut qu’au CIC comme ailleurs, le monde boude…

 

Internet psychiatrique

        Sites, blogs, forums, tchat, podcasts se révèlent être les modes de communication les plus modernes en ce bas monde. Tout individu sachant manier un tant soit peu son clavier peut s’improviser journaliste, dans la mesure où il informe, relate, dispense, réagit, critique… Ainsi donc, cet incroyable cyber-thermomètre nous offre en temps réel la température des différentes strates sociales, du sang bouillonnant coulant dans les veines de gérants acculés à la faillite aux propriétés surgelées de banquiers légèrement givrés.
        L’étape d’un business plan étant désormais incontournable, la plupart des jeunes créateurs maîtrisent l’outil informatique et internet. Cette fièvre numérique transcende les néo-entrepreneurs qui sont toujours plus nombreux à dénoncer ces systèmes bancaires, reposant trop souvent sur un échec professionnel, détachant légèrement sur une déconvenue socio-sentimentale, celle de l’amour propre. Le net abonde d’anecdotes en ce sens. Nous vous encourageons à abuser de ces outils… Vive le journaliste des temps modernes, simple quidam transformé via Internet en Chevalier redresseur de torts, ayant troqué son épée pour une souris, son héraut pour une webcam et son armure pour un firewall… En garde !

 

Dans l’ombre de mon nombre

        On peut être chevalier sans peur et sans reproche, mais face à un bulldozer armé de la bombe atomique, ce sont deux poids deux mesures. En l’occurrence, face à un réseau bancaire sans cœur et sans bidoche, nul ne peut prétendre faire le poids. Pas de sentiment, et encore moins de chaire pourrissante, la banque est increvable, par définition. Vieille comme Hérode, elle a accompli un tour de force au cours des âges : devenir suprême. Plus encore que le cheese du fast-food en bas de chez nous. Elle contient certainement plus de cornichons, mais agit de la même façon sur l’estomac et les vêtements : elle ronge les tissus.
        Pour la peine, voici de nouveaux exemples concrets de cette absurde prééminence face à l’entrepreneur lambda que vous êtes… peut-être.

        Imaginez une société indépendante de convoyeurs de fonds, dont les mouvements et autres transactions passent par une banque définie. Un beau jour, cette même banque créé un service identique au sein de sa structure. L’entreprise citée plus haut devient alors gênante, désormais en concurrence frontale. Dès lors, l’enseigne fera le nécessaire pour lui mettre des bâtons (ou des arbres) dans les roues. Plus fréquemment encore, la banque tient en laisse les petits artisans, genre garagistes, jardiniers, menuisiers, libraires, dont les besoins en grosses machines, petits outillages, ou stocks se révèlent d’une extrême importance. Comment les maîtriser ? En refusant par exemple de nouveaux délais de décaissements, chers aux roulements, régulations de stocks et autres tenues de trésorerie. Si la banque en ressent le besoin, elle plonge la tête du petit artisan dans l’eau, et la maintient ainsi le temps désiré.

        Idem, si tel gros chef d’entreprise est gêné par un nouveau venu sur le marché. Quelques coups de fil à la banque, on s’arrange du mieux qu’on peut. C’est le pot de vin contre le pot de terre. Les chances de s’en sortir tiennent davantage de la peau de chagrin que du gros coup de peau.

        Engagez-vous dans la banque : les magouilles y sont légion. Petits arrangements, influences, pressions, lâchetés… Elles ne nagent jamais à contre-courant. Impossible d’aller contre les lois de la nature : la banque, telle une rivière, glisse de son lit en charriant des tonnes de boue, et très peu de pépites. Mais quand elle tombe sur l’une d’entre elles, attention, elle fera tout pour la conserver le plus longtemps possible. Notamment en évitant de faire des vagues. « Bonjour Monsieur le Président Directeur Général. Je peux vous cirer les chaussures ? Allez, s’il vous plait ! Pliz…!» Le petit entrepreneur, lui, peut s’asseoir dans un coin, et attendre que la femme de ménage le conduise dans le bureau du petit attaché pro. Trop drôle ! En fait, non, pas tant que ça.

 

Jeu de loi

        Il y a un vieux dicton que je viens d’inventer, prédisant ceci : « Créé ta société en janvier et trébuche à Noël » Et étrangement, je suis assez de mon avis. Aujourd’hui, de plus en plus d’artisans sabordent leurs propres activités pour en reconstruire d’autres, similaires. Ils échappent ainsi aux poids toujours plus conséquents des impôts et taxes professionnelles. Dans un pays où les professionnels sont pompés jusqu’à la moelle, par l’Etat et ses souveraines banques, il reste en effet peu de recours. Sinon quelques simili magouilles bien compréhensives et non répréhensibles.
        Le magazine L’Entreprise semble également de cet avis. La revue du réseau Entreprendre s’est penchée sur la question dans son numéro publié en juillet 2006. Après une enquête dans les bas-fonds de notre économie, il en a résulté des statistiques effrayantes. « Sur 100 sociétés créées, 44 ne sont plus en activité cinq ans plus tard ». Après un interrogatoire en bonne et due forme, les créateurs pointeraient les banques du bout du droit. Leurs difficultés semblant converger résolument vers les financements, trésoreries et tutti frutti. Un jeu de loi terrible où les « Retournez à la case départ » pullulent, et les chances de remporter la partie misérables. En effet, les dernières cases réservent leur lot de surprises, du genre : Payez davantage à l’Urssaf, acquittez-vous de vos cotisations, remboursez la banque, videz vos caisses, déclarez vos charges sociales, expédiez un gros chèque aux impôts… Enfin, si vous tombez sur une case Echec, payez le greffe et le mandataire pour liquider votre société d’une balle dans la tête. Réglez également le capital non libéré, plus le prêt effectué à la banque le jour de l’ouverture de votre SARL. Enfin, si vous vous êtes porté caution le jour du prêt, et que vous ne possédez aucun bien saisissable, envoyez paître votre agence. La banque l’aura dans l’os. Et vous serez libres de reprendre une vie normale. A bon entendeur…

        Les jeunes entrepreneurs peuvent se recoucher. Demain sera un monde meilleur. Enfin, pensez à avaler plusieurs valium au passage, car ce « demain » n’est pas pour… demain. Vous me suivez ? Oh, hey ! Ne me suivez pas partout non plus ! J’aspire à un peu d’intimité aussi ! Non ? Plus maintenant ? Pas après vous avoir livré de facto ces quelques maux. Vous avez raison. Alors lisez donc cette histoire pleine d’amertume, basée sur des faits tristement réels. Les miens.

 

La suite très prochainement….


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