La Passion du fist

Ainsi…
Pauvres de nous, le braquage du siècle a bel et bien eu lieu. Au nez et à la barbe d’une société trop occupée à hisser la tête hors de l’eau, écrasée par le poids des crédits à la consommation, ensevelie sous une tonne d’emprunts aux taux d’intérêt exorbitants, de lissages onglesques, de regroupages dantesques, de dossiers de surendettement, d’agios, de frais bancaires disproportionnés, etc.
Plus fort qu’un Floyd Landis au Tour de France, nous avons battu des records en dopés jusqu’aux yeux. En 2005, nous touchions résolument le fond avec un taux d’endettement en France de 64%. Cette même année, plus d’un million de familles surendettées tentaient de joindre les deux bouts. Tandis que les plus dépenaillés revendaient les bibelots fêlés, la télé noir et blanc et le déambulateur de mémé, histoire de se payer un ultime Mac Do, nous vivions en live le hold-up de l’Histoire !
A l’exception près que les auteurs du braquage ne portaient pas de collants sur la tête mais une cravate autour du cou, un tailleur gris fulminator, des lunettes cerclées d’or 24 carat, et une photo du fiston punaisée sur un mur. Ils nous ont salué d’une main ferme, nous ont souri béatement. Ils avaient le pouvoir de dire « Oui ». Oui à l’endettement. Oui au surendettement. Sûrs de notre parfaite équité, ils ont dégainé leurs formulaires d’inscription, à la vitesse d’un Lucky Luke sous stéroïdes. « Ne vous inquiétez pas, vous ne sentirez rien. Tout juste un picotement au niveau de la conscience, et un engourdissement du porte-monnaie les trois premiers jours ». La phrase est accompagnée d’un sourire rappelant étrangement le rictus de Flipper le Requin.
Si j’en crois ma conseillère, en cours de formation, on enseigne à nos directeurs d’agence estampillés « nouvelle génération » de ne faire aucun sentimentalisme. Je la crois sur parole. Le directeur de mon agence CIO a très certainement terminé ladite formation avec la mention « Excellent. Sans cœur. Pourri. Véreux. » Mais nous y reviendrons. Promis !
Ceux qui ont été un jour dans le besoin se reconnaîtront naturellement dans cette anecdote : lorsque Elodie, deux ans, se tordait dans son lit, souffrant durant mille et une nuits de mille et un maux. Nous ne pûmes obtenir le moindre chèque de la main de notre conseiller traitant. Sinon du dédain du bout des dents, plus des recommandations pour mieux gérer notre argent, alors que nous réclamions qu’un peu d’aide et de compréhension. Néanmoins, les premiers jours de l’ouverture du compte, nous pensions avoir en face de nous une personne terriblement proche, douce, affable… amène. La piqûre qu’elle nous tendît semblait elle aussi pleine de bon sens. Tandis que, tendus, nous tendîmes le bras, ne mesurant pas encore l’étendue de notre sacrifice, nous sûmes qu’il était déjà trop tard.
Nous ne supportons pas la vue du sans… garantie, mais acceptons ce contrat conclu en dilettante, sûrs d’un fait : à l’image de nos jours comptés, les banques se suivent et se ressemblent. Et puis, comment ne pas faire confiance à ces enseignes lumineuses ayant pignon sur rue. Une banque, c’est respectable. C’est un métier de gens sérieux en costume trois pièces et en cravate (de notaire) à qui on confierait les yeux fermés les économies de toute une vie. Nous nous y sommes résignés, faute de choix. Ainsi soit-il, mes frères ! Ainsi soit-il, mes sœurs ! Levez tous les bras au fiel et… ne dites rien. Vous pourriez aggraver votre cas. Les banquiers sont susceptibles. Terriblement susceptibles ! Une parole fâcheuse, un mot de travers, et c’est le branle-bas de combat. Aussi, pour aller loin, ménagez votre monture, et plus encore, le personnel de votre agence. Pour vous aidez, répétez ces deux mots dix fois tous les matins : , les deux mamelles de notre immobilisme. Avouons, nous sommes formatés, et ce depuis la maternelle. Courber l’échine est devenu une formalité. Nous vivons dans un monde de censure, où l’hypocrisie s’étend à toutes les administrations, à toutes les institutions. Ne posez pas de questions, ne vous rebiffez pas, acceptez ce que l’on vous offre. Ou ce que l’on ne vous offre pas. Amen… ou n’amène pas. C’est kiff-kiff et tondu. En d’autres mots, rentrez dans les cases, de gré ou de force !

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